Dans la cour des Voraces, sur les pentes de la Croix-Rousse, Benoît Roux, secrétaire fédéral du PCF du Rhône, revient sur la mémoire des canuts pour appeler à la journée interprofessionnelle de grèves et de manifestations du 5 novembre 2026.
Pourquoi ce lieu ?
C’est un lieu historique, pas seulement lyonnais : français, et même international. C’est dans ce quartier que les ouvriers de la soie, les canuts, qui tissaient pour les soyeux, se sont organisés : caisses de solidarité, sociétés mutuelles, premières coopératives ouvrières. De quoi se soigner et vivre correctement quand le travail manquait.
Pourquoi se sont-ils révoltés ?
En 1831, ils obtiennent un tarif minimum pour le prix de leur travail. Une partie des négociants refuse de l’appliquer. Des conditions déjà dures, une paie tirée vers le bas : ils se soulèvent et prennent la ville. Rebelote en 1834, réprimée dans le sang. Engels y verra « la première insurrection ouvrière ». Marx, lui, s’est appuyé sur l’exemple lyonnais pour penser le lien entre combat politique et émancipation sociale.
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Quel rapport avec aujourd’hui ?
Ce mouvement ouvrier est toujours vivant, sous d’autres formes. Énormément de gens qui ne vivent que de leur travail vivent de plus en plus mal : les prix montent, le carburant pèse, les salaires stagnent, les services publics reculent. Les 800 000 personnes descendues dans la rue ces derniers samedis le rappellent : chacun doit pouvoir vivre dignement de son travail.
“Le budget Lecornu prévoit 7 milliards de plus pour l’armée, tandis que 211 milliards d’aides publiques vont chaque année aux entreprises.”
Le gouvernement dit qu’il n’y a pas d’argent…
Ce sont des choix politiques, pas une fatalité. Le budget Lecornu prévoit 7 milliards de plus pour l’armée, tandis que 211 milliards d’aides publiques vont chaque année aux entreprises. Nous voulons réorienter cet argent vers les salaires, l’emploi, l’école, l’hôpital, et faire davantage contribuer les grandes fortunes et les revenus financiers. Nous proposons de créer 200 000 emplois dans les services publics et l’industrie, pour produire en France et relever le défi climatique.
Lycéens et étudiants manifestent depuis fin septembre. Que leur dites-vous ?
Leur combat est le nôtre. Les difficultés des lycéens et des étudiants viennent des mêmes choix que celles des salariés. Nous demandons 5 milliards immédiats pour la jeunesse, 90 000 enseignants formés et recrutés, et la fin de Parcoursup. Et nous dénonçons la répression : blessés graves, interdictions de manifester, couvre-feux. Les jeunes doivent pouvoir s’organiser et manifester librement.
Vous signez un appel commun avec d’autres forces de gauche…
Oui, avec les écologistes, les socialistes, Génération·s et d’autres organisations du Rhône. Face à un budget qui fait payer la population et épargne les plus riches, l’unité d’action s’impose. Et face à l’extrême droite, qui exploite la colère sociale sans jamais remettre en cause les logiques qui produisent les inégalités.
Pourquoi le 5 novembre ?
C’est l’appel de l’intersyndicale, que nous soutenons dans le respect de son indépendance. J’appelle les Lyonnais et les Rhodaniens à se mobiliser massivement. Le PCF a toujours été du côté de ceux qui travaillent, de tous ceux qui veulent une société meilleure pour toutes et tous. N’attendons pas 2027 pour arracher des victoires. Le 5 novembre, on met le pays à l’arrêt.
Benoît Roux, PCF 69
